Get rich or die tryin': que faire de son argent en 2018 ?

 

Imaginez que vous recevez un héritage de 100.000 € de votre grande tante décédée (Tu nous l’as prise oh Seigneur ! paix à son âme). Cette manne financière inattendue a tout pour vous réjouir. Des années que vous attendez ce don du ciel, que vous rêvez de la mort de tatie-la-moustachue, il est temps de célébrer. Champagne. Mais vous déchantez vite, vous êtes paralysé(e) par l’incertitude : que faire de cet argent ? Problème de riche certes - le genre de problème qu’on aime bien avoir - mais si vous ne trouvez pas où l’investir rapidement, il sera mangé soit par votre surcroît de consommation (le « wealth effect » en économie) soit par l’inflation qui érodera son pouvoir d’achat pendant que cette somme dort sur votre compte. Cinq possibilités s’offrent à vous : la bourse, ou la vie (enfin l’assurance-vie), les start-ups, l’immobilier et désolé, époque oblige… les cryptos-monnaies. 
 

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Bourse : 

Il est assez rare d’entendre de véritables success stories de gens qui ont fait fortune en bourse… Plutôt l’inverse. Dès qu’un particulier se met à « jouer » en bourse (ou au forex)… enfin, on connait la suite. Mon grand-père est mort d’une crise cardiaque pendant l’explosion de la bulle internet, true story. D’ailleurs pour avoir passé quelques années en finance de marché à Londres, je peux vous assurer que les pros ne sont pas moins bons pour perdre leur argent quand ils investissent à titre personnel. Il y a une seule règle en Bourse, impossible à respecter en pratique : buy low, sell high.  Buy low ! donc à l’évidence, là, maintenant, ça n’est pas le moment d’acheter. Le moment d’acheter, c’est quand personne n’en a envie, quand vient la fin du monde – facile de penser qu’on aura le courage d’être contrarian, le moment venu personne ne l’est, à part ce bon vieux Warren Buffet. Portefeuille diversifié, actions + obligations + pays émergents ? Ok fine, mais pareil, que ce soient les actions ou les obligations, tout est largement surévalué en ce moment, toutes zones confondues (sauf Europe de l’Est et Russie), et quand ça ne le sera plus, pendant le prochain krach, ma main à couper que vous n’aurez pas le courage d’acheter. Si vous confiez tout ça à un gestionnaire de portefeuille, les frais de gestion mangeront environ le quart de sa médiocre performance (toutes les études montrent qu’à long terme 9 gestionnaires sur 10 (étude SPIVA) sous-performent leur marché – efficient market hypothesis oblige). Puis il y a les impôts, je vous souhaite d’avoir à en payer sur vos plus-values boursières - en avoir, C’est déjà ça, comme dirait Alain Souchon. Le mieux, quitte à ne pas gagner d’argent en bourse, est de le faire tout seul et minimiser les frais de gestion en achetant un tracker passif - un ETF - qui réplique les grands indices boursiers (disons S&P 500, Eurostoxx, Cac 40).

 

Start-ups :


Pourquoi pas. Une start-up c’est un truc qui fait 0 ou x100 ou quelque chose comme ça. Le problème c’est que vous n’avez pas accès aux bons deals. Peu probable que le prochain Facebook ait besoin de votre épargne pour se lancer. Pas certain non plus que le produit d’investissement start-ups proposé par votre banquière comme placement pour votre PEA vous donne accès aux mêmes dossiers que ceux que reçoivent Sequoia Capital et autres Andreessen Horowitz, fermés aux particuliers. Autant les actions en bourse sont publiques, démocratiques, accessibles à tous, autant le (vrai) marché des start-ups est un club très privé et proprement inaccessible au commun des mortels. Celles dans lesquelles vous pouvez investir sont celles dans lesquelles les membres dudit club n’ont pas jugé bons de le faire. Vous pourrez toujours mettre quelques k€ dans la start-up de votre cousin fraîchement diplômé de son master d’entrepreneuriat qui lance une app de pressing à domicile.

Assurance-vie/livret A :

0.75% par an pour le livret A. Pour un investissement de 100.000€ ça vous rapporte donc 62€ par mois. Pas assez pour payer le pass Navigo. Pour l’assurance-vie, le fonds euro de GMF (le plus gros) tourne à 2.1%. Il ne reste plus grand-chose après inflation et après impôts éventuels. Enfin, les petits ruisseaux font les grandes rivières. Il s’agit surtout d’une épargne de sécurité, qui ne rapporte pas grand-chose certes, mais liquide et disponible pour être déployée quand l’occasion se présentera, par exemple pour acheter des actions au creux de la prochaine crise ou investir dans l’app de pressing susmentionnée le jour où votre cousin aura son Minimum Viable Product.

Immobilier :

Chez Bevouac on fait de l’immobilier locatif et on a tendance à penser que l’immobilier locatif est le meilleur investissement qui existe au monde. D’abord parce que tous les autres investissements sont soit trop risqués (marchés financiers, forex, bitcoin), soit inaccessibles (start-ups) soit trop peu rémunérateurs (livret A, assurance-vie). En immobilier le risque existe, surtout si votre bien locatif est un investissement Pinel dans la banlieue de Roubaix. Mais c’est un risque mesuré. Contrairement au forex on entend rarement des témoignages du genre « j’ai investi dans l’immo et j’ai tout perdu ». Contrairement à un pitch deck de start-up ou à la technologie blockchain, le principe est relativement compréhensible : j’achète un appart dans un endroit stylé et je le mets en location. Ça me rapporte des sous-sous. A la revente ça peut me rapporter encore plus de sous-sous (sauf si j’ai investi dans une barre HLM des quartiers nord de Saint-Etienne). Parfois les sous-sous que me donne mon locataire me permettent de rembourser les sous-sous que me réclame le banquier qui m’a prêté les sous-sous pour acheter le bien. C’est ce qu’on appelle une opération auto-financée, le Graal de l’immobilier locatif. Une sorte de free lunch où la banque me prête pour acheter le bien locatif dont les loyers couvrent mes mensualités d’emprunt. Avec peu ou pas d’impôts thanks to LMNP (Location meublée non professionnelle). Un schéma où je deviens propriétaire d’un bien à l’issue de la durée du prêt, idéalement sans avoir déboursé 1 centime de ma poche. C’est la magie du levier bancaire. Plus besoin des 100.000€ de la grande tante, qui ont de toute façon été perdus en bourse ou au forex ou dans un shitcoin, disons qu’il reste juste assez pour payer les frais de notaire.

L’immobilier, contrairement aux start-ups, n’est pas réservé aux riches ou à un cercle d’initiés. Si un bien coûte 150.000€, je n’ai pas besoin d’avoir 150.000€ sur mon compte pour l’acheter. Je n’ai même pas besoin d’avoir le quart de cette somme. En théorie n’importe qui avec un emploi stable, même au SMIC, a vocation à obtenir un prêt bancaire pour un investissement locatif. Idéalement avec peu ou pas d’apport selon les banques. Un studio étudiant à Lille coûte 50.000€ et se loue ~400€ par mois, disons un peu moins de 300€ net une fois payées les différentes charges. Un prêt de 50.000€ sur 20 ans aux taux actuels revient à une mensualité 250€ par mois. Voyez c’que je veux dire ? Je n’ai grosso modo pas à sortir d’argent de ma poche, mon prêt s’auto-rembourse via les loyers, le mécanisme est compréhensible, l’investissement relativement peu risqué, accessible au plus grand nombre et à tous les budgets. Un apport minimal au début et je suis propriétaire du bien à la fin, sans avoir eu à débourser pendant. Alors oui, tout n’est pas si simple. Encore faut-il ne pas avoir grillé toute sa capacité d’emprunt sur sa résidence principale, encore faut-il un locataire fiable (il existe des assurances loyers impayés), oui il peut y avoir un dégât des eaux ou quelque autre anicroche du genre.  Il faut trouver le bon quartier (location, location, location comme disent les anglais), à la fois rentable et sûr. Oui ça n’est pas si facile de trouver un bien qui s’autofinance, ça demande du temps. Je veux dire, on n’a rien sans rien. Mais dans le cas de l’immobilier locatif en s’y prenant bien on obtient beaucoup avec pas grand-chose, grâce à l’effet du levier bancaire. On ne peut pas en dire autant des autres investissements.


Bitcoin :


Nabilla saura expliquer mieux que moi l’intérêt d’un investissement en crypto pour le grand public :